Leah Friedman, lauréate du Prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO 2025

Doctorante à l’Institut Pasteur, Leah Friedman figure parmi les 34 lauréates du Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science 2025. Passionnée par la biophysique et le développement embryonnaire, cette physicienne fait partie de cette nouvelle génération de chercheuses qui repoussent les frontières de la science tout en inspirant les jeunes à suivre leurs pas. Rencontre avec une scientifique engagée.
Pays de Valois : Qu’est-ce qui vous a motivée à choisir la voie scientifique, et plus particulièrement la biophysique et l’étude du vivant ?
Leah FriedMan : Quand j’étais petite, je me suis rendue au Palais de la Découverte et j’ai été marquée par une expérience électrostatique, lorsque j’ai vu mes cheveux se dresser sur ma tête. J’ai compris qu’il existait des forces invisibles que l’on pouvait expliquer. Cette expérience m’a poussée à m’intéresser à la physique.
Mais à l’origine, je me destinais à la musique : je faisais beaucoup de piano en horaires aménagés. Une blessure à la main m’a malheureusement contrainte à changer de voie, et comme j’aimais la science, je me suis tournée vers la physique. Aujourd’hui, je travaille sur la biophysique, pour tenter d’expliquer ce qu’il se passe dans les systèmes biologiques — comprendre comment une cellule devient un embryon avec des organes et des structures complexes.
PV : Vous travaillez sur les gastruloïdes, des structures qui miment le développement embryonnaire. Pouvez-vous expliquer ce que cela signifie ?
LF : Les gastruloïdes sont des agrégats de cellules souches capables de devenir n’importe quel type de cellule du corps. En laboratoire, ces agrégats s’auto-organisent pour former des structures qui rappellent les premières étapes du développement embryonnaire.
Je travaille sur des gastruloïdes de souris. Ils offrent un modèle éthique, puisqu’ils permettent d’étudier les mécanismes du développement embryonnaire sans recourir à l’expérimentation animale.
Mon objectif est de comprendre les règles d’organisation cellulaire qui guident la formation des tissus et des organes fonctionnels. À long terme, ces recherches pourraient poser les bases d’une physique du vivant. Cela ouvrirait la voie à des avancées majeures en médecine régénérative, notamment pour créer des tissus en laboratoire.
PV : Que représente pour vous ce Prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO ?
LF : C’est une reconnaissance pour mon travail et un formidable tremplin pour la suite de ma carrière scientifique. Ce prix m’a permis de rencontrer d’autres lauréates venues d’horizons très différents, de partager nos parcours, nos doutes, nos réussites. On a créé une véritable solidarité entre femmes scientifiques, un réseau qui donne confiance et visibilité.
PV : Vous évoquez avoir ressenti le syndrome de l’imposteur dans vos études. Comment l’avez-vous surmonté ?
LF : Le soutien de ma famille et les encouragements de mes professeurs ont été essentiels. Au lycée, certains enseignants passionnés m’ont transmis leur enthousiasme et m’ont fait confiance.
Les filles réussissent très bien en sciences, mais n’osent pas toujours s’y projeter. C’est pourquoi il est crucial de rendre visibles les femmes scientifiques, pour montrer que c’est possible et encourager les jeunes filles à oser, même lorsqu’elles doutent un peu.
PV : Vous insistez sur l’importance de transmettre aux jeunes générations. Comment aimeriez-vous inspirer les futurs scientifiques ?
LF : Pour susciter des vocations, il faut que les jeunes puissent s’identifier à des parcours et à des personnes qui parlent de leur domaine avec passion. C’est cette identification qui fait naître la confiance et la motivation.
PV : Quels sont vos projets pour la suite ?
LF : J’aimerais m’impliquer davantage dans la médiation scientifique auprès des collégiens et lycéens. C’est déterminant d’aller à la rencontre des jeunes pour leur donner envie de découvrir la science.
La prochaine grande étape sera la soutenance de ma thèse à l’été 2026. Les financements obtenus grâce à ce prix me permettront de participer à des congrès internationaux, de présenter mes travaux et de rencontrer d’autres scientifiques à l’étranger.
